Histoire

Les trois sanctuaires

Il reste fort peu de documents sur le premier sanctuaire construit au bourg de La Ville L'Évêque. Ce patronyme est encore porté par une rue du quartier qui rappelle l'octroi du domaine à l'évêque de Paris, au temps du roi Dagobert. Attestée dès le XIIe siècle, la première église dominait une zone encore rurale et elle était probablement de style gothique.

En 1492, Charles VIII installa une confrérie dédiée à sainte Marie-Madeleine dans l'église primitive. Grâce à ce lien privilégié avec la dynastie régnante, les diverses reconstructions du sanctuaire ont toujours été attentivement suivies par l'État.

Au XVIIe siècle, La Ville l'Évêque se développa parallèlement au quartier parisien de Saint-Honoré. Le sanctuaire gothique devint insuffisant et le 8 juillet 1659 la Grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d'Orléans, posa la première pierre de la seconde église. De style classique, la nouvelle paroisse s'élevait à l'emplacement du début du boulevard Malesherbes actuel. Elle servit jusqu'à la Révolution.

La Ville l'Évêque fut annexé à la Ville de Paris en 1722 et bénéficia donc du développement du faubourg Saint-Honoré : en conséquence, son église paraissait bien modeste dans un quartier couvert de somptueuses demeures, telles que l'hôtel d'Évreux habité par Mme de Pompadour. La reconstruction de La Madeleine fut décidée en 1757, à l'emplacement de l'hôtel de Chevigny et des dépendances d'un couvent de bénédictines.

L'édification de l'église s'inscrivit en fait dans le vaste projet d'urbanisme de l'ouest de Paris. En 1748, la Ville de Paris avait commandé la statue de Louis XV et décidé l'aménagement d'une nouvelle place royale. Comme le concours ouvert n'avait pas été satisfaisant, le roi avait chargé son Premier Architecte, Jacques-Ange Gabriel, de faire la synthèse des projets et de construire la place sur des terrains qui lui appartenaient, à l'extrémité des Tuileries. Les plans avaient été arrêtés en 1755 et la réalisation conduite en huit ans.

Bordée de palais sur un seul côté, la place Louis XV paraissait d'autant plus gigantesque que son axe Est-Ouest s'étalait à perte de vue, des arbres des Tuileries jusqu'à ceux des Champs-Élysées ; elle avait besoin d'un monument fort pour fermer la perspective de la rue Royale. Pierre Contant d'Ivry (1698-1777), l'architecte du duc d'Orléans, fut chargé des projets. Ses réalisations au Palais Royal et aux abbayes de Penthemont, à Paris, et de Saint-Vaast, à Arras, venaient de prouver ses capacités. Des lettres patentes signées par Louis XV en 1753 et 1757 attestent l'intérêt du roi pour La Madeleine : il en posa la première pierre, le 3 avril 1763, un an avant que le projet ne soit définitivement arrêté.

Reproduit par Patte dans le livre des Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV, le projet de Contant d'Ivry montre le plan traditionnel en croix latine qui aurait permis de multiplier les chapelles tout autour de l'église, la seule originalité étant le baldaquin du transept. En revanche, l'architecte avait repris l'idée de l'ordre corinthien, à linteaux droits, qu'il avait déjà employé à l'abbatiale Saint-Vaast ; cela aurait donné un aspect plus moderne aux élévations intérieures. La face tournée vers la rue Royale présentait un portique encadré de travées latérales, comme à Saint-Pierre de Rome. De proportions trop modestes, le dôme élevé au-dessus de la croisée n'aurait pas pu rivaliser avec celui des Invalides, ni avec celui de Sainte-Geneviève qui était alors en construction.

La comparaison avec Jacques-Germain Soufflot a toujours été faite car les deux projets sont contemporains. Dans le contexte de la réaction antiquisante de la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'église Sainte-Geneviève (le Panthéon) apparaît plus sobre et plus monumentale. Elle annonce mieux le néo-classicisme de la fin du siècle, mais c'est pourtant l'église de Vignon qui poussera plus loin le pastiche de l'antiquité.

A la mort de Contant, son élève Joseph-Abel Couture (1732-1799) reprit le chantier et le mena jusqu'en 1789 avec d'importantes modifications.
Il raccourcit la nef pour allonger le chœur et multiplia les colonnades. L'édifice actuel lui doit l'idée du péristyle élargi à toute la façade et bordant la nef de colonnes détachées, parti que Vignon étendra à tout le périmètre extérieur de l'église. Le financement de la construction avait été récupéré sur Saint-Sulpice, dont la construction sur deux siècles avait nécessité une "loterie de pitié". Au moment de la Révolution, ces fonds avaient permis d'élever le portique et de commencer à monter les murs.