L'extérieur


Le fronton

détail du fronton de l'église de La Madeleine

Sous le fronton apparaît la dédicace latine : D.O.M. SVB. INVOCAT S. MAR. MAGDALENÆ (Au Dieu tout puissant et très grand, sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine). Elle incite à découvrir la sainte patronne de l'église sur le fronton sculpté d'Henri Lemaire (1789-1880). Au Jugement Dernier, le Christ apparaît entouré de deux anges : à sa gauche (notre droite) l'archange saint Michel chasse les réprouvés, personnifiés par les Vices. De l'autre côté, ce sont les Vertus qui conduisent les élus. Singularité de la composition, Marie-Madeleine est agenouillée à droite, avec les réprouvés ; elle exprime ainsi la repentance qui est une constante du programme iconographique.

Certains contemporains de Lemaire trouvèrent à Marie-Madeleine une allure équivoque, à cause de son "œil ardent" et de son "vêtement impudique". Mme Leroy-Jay Lemaistre a suggéré une parenté d'inspiration avec l'école de Düsseldorf, la dette à Canova et à Thorvaldsen, enfin des références aux marbres du Parthénon. Préféré à Rude et à Pradier, parmi vingt-sept concurrents lors du concours de 1828-1829, Lemaire acheva ce haut relief en 1833 et donna la maquette au musée de Valenciennes plutôt qu'à Louis-Philippe qui l'avait demandée. L'affaire du fronton avait beaucoup occupé les milieux officiels et partagé les artistes ; sa réalisation devait être l'une des démonstrations les plus évidentes de la politique artistique de la Monarchie de Juillet.

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La porte de bronze

porte de bronze de l'église de La MadeleineEn franchissant le péristyle, le visiteur découvre le parti très sobre adopté pour l'entrée principale de l'église. Sous une corniche à denticules, portée par deux fortes consoles, le décor minéral de perles, rais de cœur et feuilles très stylisées retient à peine l'attention tant le regard est attiré par les fontes historiées. Le ministre de l'Intérieur qui présidait aux travaux voulut une porte de bronze, comme on en voyait au Panthéon romain et dans les basiliques chrétiennes les plus vénérables de Pise, Rome, Vérone ou Venise. Un modèle s'imposa cependant à Henri de Triqueti (1804-1874) qui accepta la commande, celui des portes de Ghiberti au Baptistère de Florence.

Aristocrate, le baron de Triqueti pratiquait la sculpture pour son plaisir ; il avait été remarqué au Salon de 1831 parmi les jeunes sculpteurs romantiques que le chantier de La Madeleine allait tant occuper. Il avait déjà reçu une commande pour la Chambre des députés mais n'avait pas encore prouvé son talent de sculpteur monumental. Grâce au fonds du musée de Montargis, on connaît mieux aujourd'hui l'œuvre de Triqueti. Élève d'Hersent, il était peintre et sculpteur à la fois : la composition de ses reliefs se ressent de cette dualité.

Triqueti accepta la commande en 1834 et réalisa les modèles des fontes en quatre ans, avec l'aide du sculpteur Maindron. Les dates de conception des plâtres de 1836 et de 1837 apparaissent d'ailleurs sur les panneaux inférieurs. La porte fut seulement installée en 1841 car le public avait été admis dans l'atelier des fondeurs pour voir les œuvres de près. L'opinion fut unanime dans ses éloges et le baron de Triqueti devint célèbre aussitôt.

En effet, les portes de La Madeleine sont exceptionnelles par leurs dimensions qui les rendent plus grandes que la porte de bronze de Saint-Pierre de Rome, et par leur légèreté due à une fonte extrêmement savante. Les fondeurs Louis Richard, Eck et Durand utilisèrent seulement un quart des 12 500 kg de bronze obtenus du ministre de la guerre. A cause de cette légèreté, les portes peuvent défier le temps, comme l'ont fait les bronzes antiques les plus minces. En outre, elles présentent le bronze à nu, sans l'artifice de la dorure ; la subtilité de l'imagier est ainsi servie par le travail du fondeur. Antoine Krieger a même établi qu'elles avaient coûté dix à quinze fois moins cher que les Portes du Paradis de Ghiberti qui sont quatre fois plus petites.

La porte est constituée d'un contre chambranle orné d'un motif de rinceaux issus de feuilles d'acanthe ; une corniche à denticules porte le relief d'une imposte, partie fixe où commence l'illustration du Décalogue. Triqueti y a figuré Moïse donnant les Tables de la Loi aux Hébreux :
le prophète sort du cadre et domine les deux premières évocations des Dix Commandements ; les huit autres sont figurés dans les panneaux carrés entourés de clous des deux vantaux ; le sculpteur évite ainsi le compartimentage trop serré du baptistère de Florence. Comme dans un livre à images, chacune des scènes de l'Ancien Testament est légendée du texte latin du Décalogue, avec quelques citations bibliques à l'intérieur de la composition.

Nous donnons ici la traduction des textes et l'explication sommaire des scènes bibliques choisies par Triqueti dans l'Ancien Testament. Artiste protestant très religieux, le sculpteur a fait une œuvre grandiose en surpassant ses modèles et en rendant chaque sujet très intelligible. Grâce à l'habileté des fondeurs, certaines parties sont détachées en haut relief : des jeux d'ombre et de lumière très expressifs animent ainsi les panneaux. Depuis l'installation des portes, la plupart des commentateurs ont reconnu là un des chefs-d'œuvre de la sculpture romantique : la vigueur des anatomies, la science des drapés et l'habileté des raccourcis prouvent que Triqueti a fait œuvre moderne en évitant un travers de son époque, le pastiche du Moyen Âge et de la Renaissance.

Avec cette sculpture si monumentale, l'artiste devint l'un des sculpteurs officiels du règne de Louis-Philippe. Il travailla avec la fille du roi au mausolée du duc d'Orléans et collabora à la grande entreprise du tombeau de Napoléon aux Invalides.

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Imposte

Premier Commandement

non habebis deus alienos coram me
(Tu n'auras point d'autres dieux devant ma face.)
Le peuple hébreu reçoit la Loi avec enthousiasme et respect ; il acclame son prophète.

Deuxième Commandement

non assumes nomen domini dei
(Tu n'invoqueras pas en vain le nom du Seigneur.)
Certains s'approchent de Moïse et se prosternent, d'autres tendent des bras accusateurs contre celui qui a juré en vain.

Troisième Commandement

memento ut diem sabbati sanctifices.
(Souviens toi de sanctifier le jour du sabbat.)
Adam et Ève se reposent dans le recueillement du septième jour de la création.
Le ciel s'entrouvre et Dieu apparaît au milieu de ses anges ; il contemple sa création et bénit le septième jour.
complevit deus septimo die opus suum et benedixit diei septimo et sanctificavit illum.
(Genèse : Le septième jour, Dieu termina son œuvre et il bénit le septième jour et le sanctifia.)

Quatrième Commandement

honora patrem tuum et matrem tuam.
(Honore ton père et ta mère.)
Cham, le second fils de Noé, est maudit par son père pour s'être moqué de lui.
Dieu apparaît au-dessus de la foule et envoie un de ses anges apporter la malédiction divine.
maledictus chanaan, servus servorum erit fratribus suis.
(Genèse, Que Chanaan soit maudit ! Il sera l'esclave des esclaves de ses frères !)

Cinquième Commandement

non occides.
(Tu ne tueras pas.)
Après le meurtre d'Abel par son frère Caïn, des anges descendent du ciel pour consoler les affligés et punir le meurtrier que sa famille empêche de fuir.
vox sanguinis fratris tui clamat ad me de terra ; nunc igitur maledictus eris super terram.
(Genèse, La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi ; tu seras donc maintenant maudit sur la terre.)

Sixième Commandement

non mæchaberis
(Tu ne commettras point d'adultère.)
Le roi David est assis à côté de Bethsabée et du berceau de leur enfant mort.
Le prophète Nathan les menace et se sert d'une parabole tirée du Livre des Rois pour expliquer à David son crime.
dives habebat oves et boves plurinum valde, pauper nihil habebat omnino præter ovem unam parvulam.
(Un homme riche avait un grand nombre de brebis et de bœufs, un homme pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis).
L'homme riche recevant un étranger prit la brebis du pauvre et la donna à manger à son hôte.
dixit autem nathan ad david : tu es ille vir fecisti hanc rem.
(Nathan dit à David : Tu es cet homme qui as commis cette action)

Septième Commandement

non furtum facies.
(Tu ne voleras pas.)
Coupable de vols, Achan est agenouillé aux pieds de Josué et entend la sentence du juge, inscrite en haut, à gauche.
dixit josue achan : quia turbasti nos, exturbet te dominus in die hac ! lapidavit eum omnis israël ; et cuncta, quœ illius erant, igne consumpta sunt.
(Josué, VII, 25 Josué dit à Acham : Puisque tu nous as troublés, que le Seigneur te trouble toi-même en ce jour ! Et tout Israël le lapida, et tout ce qui était à lui fut consumé par le feu.)

Huitième Commandement

non loqueris falsum testimonium contra proximum tuum.
(Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.)
Les deux vieillards débauchés qui ont fait condamner la chaste Suzanne sont arrêtés et ligotés, tandis que le mari et les enfants de cette dernière se jettent sur elle, parcequ'ils avaient cru la perdre.
A droite : exclamavit omnis coetus voce magna et benedixerunt deum qui salvat sperantes in se.
(Toute la multitude poussa de grands crix et se mit à bénir Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.)
A gauche : et interfecerunt eos et salvatus est sanguis innoxius in die illa.
(Ils les ont fait périr, et ce jour-là le sang innocent a été sauvé. Daniel, XIII, 60, 62)

Neuvième Commandement

non concupisces uxorem proximi tui.
(Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain.)
Abimélech a enlevé la femme d'Abraham. Dieu lui apparaît en songe, tandis que Sarah est éveillée.
en morieris propter mulierem quam tulisti ; habet enim virum
(Genèse, XX, 37, Tu seras puni de mort à cause de la femme que tu as enlevée, parce qu'elle a un mari.)

Dixième Commandement

non concupisces domum proximi tui nec omnia quæ illius sunt
(Tu ne convoiteras pas la maison de ton voisin, ni aucune chose qui lui appartienne.)
Étendu par terre, les mains liées derrière le dos, le roi d'Israël Achab avait convoité la vigne de Naboth; pour s'en emparer, il avait fait de faux témoignages et l'avait fait lapider. Élie le menance de la vengeance divine.
occidisti et possedisti : linxerunt canes sanguinem naboth, lambent quoque sanguinem tuum.
(3-Reg, XXI, 19 Vous avez tué Naboth et vous avez possédé sa vigne : les chiens ont léché le sang de Naboth, ils lécheront aussi votre sang.)

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Les statues de saints du portique


Vignon avait prévu de détacher son portique sur des murs nus ; son successeur Huvé préféra creuser les parois extérieures de la cella d'une série de niches et y installer une étonnante galerie de statues de saints.

A l'exception de saint Jean l'Évangéliste, payé à Joseph Coupon par la Ville, l'État commanda les trente-trois autres statues à trente sculpteurs différents, de manière à aller vite et à faire travailler le plus grand nombre d'artistes possible. Ils taillèrent dans la pierre des personnages plus grands que nature, en indiquant leurs noms sur le socle ; leurs statues viennent ainsi rythmer les 52 colonnes du portique extérieur.

Le parti iconographique fut en partie inspiré par la famille d'Orléans dont les patrons célestes furent représentés, à commencer par saint Louis et saint Philippe qui entourent la porte principale, à l'emplacement prévu initialement pour des ouvertures latérales. Aux deux portiques, la famille royale retrouvait ses protecteurs : Antoine (Montpensier), Charles (Nemours), Ferdinand (Orléans), François (Joinville) et Adélaïde (la sœur du roi), Christine (duchesse de Wurtemberg), Hélène (duchesse d'Orléans). Les oubliés pouvaient se contenter de patrons secondaires.

Les trois archanges et l'ange gardien bordant les portiques indiquent une iconographie plus traditionnelle. Parmi les grands saints de l'Église, Bernard, Denis, Hilaire, Martin et Geneviève rappellent la christianisation de la France. L'auteur de ce programme théologique a d'ailleurs anticipé sur Rome en canonisant Jeanne de Valois avec un siècle d'avance. A la façade postérieure, les quatre Évangélistes sont malheureusement privés de la tête de saint Luc, décapité par un obus de canon allemand, à la Fête Dieu de 1918.

Avec une savante alternance d'hommes et de femmes, cette litanie pétrifiée peut surprendre car les sculpteurs furent inégalement inspirés ; leurs grandes figures de saints sont néanmoins remarquables par leur diversité. L'impression de lassitude due au nombre d'effigies n'empêche pas d'apprécier les origines européennes des sculpteurs et leur habileté à animer les grands murs nus du sanctuaire. Par leur monumentalité, les statues préparent le visiteur à regarder le programme sculpté de l'intérieur.

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